Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Remise du Prix Lumière 2013 : « Le cinéma est ma religion, la France mon Vatican »

La remise du Prix Lumière des mains de Uma Thurman à Quentin Tarantino s’est déroulée hier soir à l’amphithéâtre du centre des congrès de Lyon dans une ambiance survoltée.

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awaCrédit photos : Fabrice Catérini – Inediz

 La soirée affichait complet depuis plusieurs semaines déjà. A notre arrivée devant l’Amphithéâtre une heure avant le lancement des festivités, la foule forme déjà une queue interminable. Entrés par la petite porte pour rejoindre le carré presse, nous nous glissons parmi la masse de journalistes entassés dans un espace réduit, dos à la scène, face à la salle qui se remplie.

Du beau monde pour applaudir le lauréat 2013

 Les invités commencent à arriver. Au micro défilent les acteurs venus rendre hommage à Quentin Tarantino : Aure Atika,  Harry Roselmack, Françoise Fabian, Thomas N’jigol, Manu Payet, Tahar Rahim, Claude Brasseur, Richard Bohringer, Christophe Lambert, Vincent Perez, Laurent Gerra, Nicolas Duvauchelle, Fatih Hakin, Emmanuelle Devos, Clovis Cornillac et Frédéric Pierrot. Tous le décrivent comme un maitre du cinéma, unique en son genre, sachant capter les émotions comme aucun autre, généreux avec ses acteurs comme avec son public. Certains évoquent l’importance grandissante du festival Lumière, comme Frédéric Pierrot (Jeune et Jolie, Les revenants), ou Laurent Gerra qui vient chaque année. D’autres lient ce succès à la venue de Tarantino qui n’a pas hésité à se prêter au jeu toute la semaine, avec beaucoup de générosité et de franchise. Aurélie Filippetti, la Ministre de la Culture et de la Communication, et Gerard Collomb, maire de Lyon, sont également présents.

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

Puis, c’est l’arrivée de l’équipe de Quentin, en musique, avec Mélanie Laurent, resplendissante tout comme la muse de Tarantino, Uma Thurman. Puis Harvey Weinstein, l’un des producteurs des films de Quentin, fait son entrée, se prêtant volontiers aux questions des journalistes. A notre micro il déclare que « Le festival Lumière pourrait être le plus beau festival du monde ! C’est un moment unique ! ». Harvey Keitel traverse la foule aux côtés de Michael Cimino et de Tim Roth sous les applaudissements d’une foule en liesse. Enfin, Quentin Tarantino fait une entrée magistrale sur la B.O de Pulp Fiction devant un public lui offrant sa première standing ovation de la soirée. Improvisant sa première danse depuis son fauteuil, la remise de ce prix Lumière s’annonce résolument rock.

Début des hommages

Thierry Frémeaux prend le micro sur scène et après une rapide vidéo récapitulative du festival Lumière 2013, les hommages et les éloges peuvent débuter. Tim Roth est appelé sur scène. Présent dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, l’acteur américain connait bien Quentin Tarantino. « Une fois, je reçois un scénario. » raconte t’il à l’assemblée, captivée par l’anecdote, « Il y avait juste écrit dessus « Pink or Blond ? ». J’ai lu le script jusqu’à l’arrivée de Mr Orange. C’était le premier film de Quentin mais tout était déjà très clair. Je me suis dit que je voulais surtout faire ce film avant même d’être dans l’idée de faire tel ou tel personnage. J’aimais l’idée d’être dans ce film. » Un récit de vie comme tant d’autres pendant la soirée, permettant de mieux saisir l’essence même du réalisateur prodige.

Puis, Mélanie Laurent monte sur scène aux côtés de la chanteuse Irma pour interpréter « Bang Bang », chanson issue de la B.O de Kill Bill. Un hommage vibrant et plein d’émotion, comme un remerciement mélodieux à une rencontre qui a bouleversé sa vie d’actrice et de femme. Avec beaucoup d’émotion dans la voix, la jeune femme qui vient tout juste d’accoucher, comme l’a rappelé à de nombreuses reprises Thierry Frémeaux, a su trouver l’art et la manière de féliciter Quentin Tarantino.

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

Lawrence Bender et Harvey Weinstein la rejoignent sur scène. Ces deux grands producteurs accompagnent le héros de la semaine depuis des années sur ses tournages. De vrais liens d’amitié sont nés depuis. Lawrence Bender, très heureux d’être là, a déclaré que Quentin Tarantino avait changé sa vie avant de raconter sa rencontre avec Harvey Weinstein sur le tournage de Pulp Fiction, à l’origine d’une longue et prolifique collaboration. Ce dernier n’a pas lésiné sur les compliments. « Nous avons tous entendus beaucoup d’histoires sur Quentin. Mais travailler avec lui c’est véritablement comme un passeport pour une belle aventure » a t’il déclaré avant d’ajouter « Peut être qu’il fait des films violents mais sa personnalité est tout le contraire ». Le producteur n’a pas hésité à illustrer sa gratitude pour le réalisateur en expliquant que sa carrière était intimement liée à celle de Quentin Tarantino :  « Aux Etats Unis, ma première compagnie Miramax, on peut dire que c’est la compagnie que Quentin a construit. La deuxième, on peut dire qu’il l’a sauvé ! ». Sa dernière anecdote retentit comme un éloge « Quand j’étais à Rome sur le tournage de Gang of New York, le décorateur de Fellini était présent. Il me racontait que les gens disaient toujours de Fellini qu’ils aimaient son premier film. Avec Quentin, on peut lui dire que le meilleur est toujours à venir » avant de conclure « Comme pour Django Unchained, où Quentin s’est affronté à l’holocauste américain. Plus ses films avancent plus ils deviennent forts ».

La soirée se poursuit avec la projection d’un hommage vibrant de Michael Madsen à son réalisateur fétiche. Avec des extraits de films de tous les temps, l’acteur de Reservoir Dogs et Kill Bill a rappelé à tous la culture cinématographique incroyable de Quentin Tarantino, connaissant le film le plus obscur du plus obscur réalisateur depuis l’invention du cinématographe par les frères Lumière. Un moment poignant et émouvant comme le cinéma lui seul sait l’être.

Mr White très ému

Harvey Keitel monte sur scène. Le Mr White de Reservoir Dogs n’a pas hésité à raconter son expérience de tournage : « On était sur les répétitions et Quentin était là dans sa démarche si particulière. Il vient me voir et me dit « des fois, j’ai envie de te taper sur la gueule, et des fois j’ai envie de t’embrasser », j’ai répondu « moi aussi » ». La salle rit aux éclats et applaudit lorsque l’acteur déclare en français « je suis content d’être ici ce soir, je vous aime beaucoup ! ». Puis Harvey Keitel ajoute dans sa langue maternelle « je me sens dans un rêve ce soir, je voudrais qu’on boive un verre tous ensemble ». Quelques cris de femmes transies retentissent dans l’assemblée. Puis l’émotion prend le dessus : « Il ya deux personnes chères à mon coeur : Bertrand Tavernier et Quentin Tarantino ». Les larmes montent aux yeux de cette légende du cinéma qui reprend ses esprits avant de poursuivre : « L’horloger de Saint Paul. Quand j’ai vu ça, je me suis dit que c’est exactement ce genre de film que je voulais faire. Un jour j’ai lu une interview de Bertrand Tavernier qui disait qu’ils voulaient tourner avec des acteurs américains et spécialement avec moi. J’en aurais pleuré. ». Les images de Bertrand Tavernier, assis dans la salle, sont retransmises sur grand écran et le dévoile ému aux larmes. Puis Harvey Keitel raconte sa rencontre avec Tarantino « J’ai reçu le scénario de Reservoir Dogs, j’ai été bouleversé et j’ai voulu le rencontrer. Il m’a dit « Bonjour Monsieur « Kitel », j’ai dit non, Keitel ! ». La salle rit à nouveau, émue, entre rires et larmes face à ces déclarations touchantes et spontanées. Rien ne semble écrit, le discours d’Harvey Keitel semble naturel, une déclaration d’amour et de respect pour un formidable ami de longue date. L’acteur conclue son éloge par une déclaration belle et sincère : « Si je commence à vous raconter des histoires on en finira plus alors ce qu’il faut retenir c’est que les films de Quentin c’est comme écouter une super musique. Quand on lit un scénario de Quentin Tarantino, c’est comme lire un grand roman. » avant de conclure « Quentin c’est nous, mais nous c’est lui. Mais lui, il l’a fait. ». L’espace et le temps semblent alors suspendu, laissant place à l’émotion des deux hommes.

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

Uma Thurman, superbe dans sa robe aux couleurs pastelles, fait finalement son apparition sur scène, derrière un pupitre où elle débute son discours. « J’ai fait 10 000 km pour être avec un réalisateur avec qui j’ai tourné 3 fois et qui est un ami très cher. J’ai aussi pensé à Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite. Parce que Quentin, c’est aussi de la dynamite, ce soir c’est comme un prix Nobel que tu reçois. Quentin, ton cinéma est une explosion de dynamite, c’est de la « cynamite » ». Une nouvelle fois, la salle applaudit. « L’extravagance de tes rêves, de tes cauchemars rythme le cinéma, je t’aime ». Quentin Tarantino lui envoie des baisers depuis sa place au centre de l’immense amphithéâtre, ému une nouvelle fois par cet hommage touchant et sincère.

Bertrand Tavernier, complice de Tarantino

Thierry Frémeaux appelle alors sur scène le président de l’Institut, le cinéaste Bertrand Tavernier. Avec beaucoup d’humilité et d’humour, le réalisateur de 72 ans a raconté son point d’avance sur Tarantino, 50 ans, quant à leur culture cinématographique respective : « Dans nos discussions de cinéphiles je n’ai qu’un point d’avance sur Quentin. J’ai rencontré en 1962 le réalisateur des Trois diables rouges, William Witney ! Personne ne connait cet homme ici, mais Quentin sait de qui je parle et moi je l’ai rencontré, c’est mon seul point ! ». Puis le cinéaste a raconté la passion et le dévouement que le Prix Lumière 2013 porte au cinéma : « Son amour du cinéma n’est pas un amour amoureux, c’est un amour sec, sans puissance et pouvoir, un amour qu’il veut partager ». Il est également revenu sur son implication exceptionnelle durant la semaine « Il a électrisé le festival. Tu as réussi à faire applaudir le nom  de Leonide Moguy (Le Déserteur) ! La salle a applaudi, ce qui n’a jamais dû lui arriver dans sa vie ! Moguy, ce cinéaste méprisé et là, redécouvert avec un public jeune venu applaudir un film de 1939 ! ». Puis ce grand monsieur du cinéma français a conclu son hommage par, une fois de plus, une déclaration empreinte d’amour et de respect : « Je voudrais dire une chose personnelle. Sarah, mon épouse, m’a dit « Les films de Tarantino ont grandi avec nous », on a l’impression qu’il ont fait partie de notre vie. Dans Django, jamais personne n’avait fait une scène aussi jubilatoire et métaphorique que celle sur le Ku Klux Klan où les hommes se plaignent de ne rien voir avec leurs cagoules. ». Humble et drôle, Bertrand Tavernier a su trouver les mots justes pour remercier Tarantino du service qu’il rend au cinéma depuis 20 ans.

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

Une vidéo récapitulant l’œuvre de Tarantino est projetée devant les yeux remplis d’étoiles de la foule. De 1992 avec Resrervoir Dogs jusqu’à Django Unchained en 2013, la projection rétrospective lui rend un dernier hommage, montrant les scènes phares de ces chefs d’œuvre. Puis le maitre monte sur scène dans un tonnerre d’applaudissement, toute la salle s’est levée pour féliciter le réalisateur. « C’est la première fois que je ne trouve pas mes mots pour dire ce que je ressens » commence Quentin Tarantino, visiblement troublé par les déclarations de ses camarades. « C’est une expérience extraordinaire pour tous les gens qui ont permis qu’elle existe. J’ai donné vie à des personnages grâce à des gens qui ont accepté de jouer dans mes rêves ». Il se retourne vers les invités et les regarde avec émotion. « Je me considérais comme un loup solitaire pendant longtemps. Je n’ai jamais eu de famille mais les gens sur cette scène, ce sont eux, ma famille. ». Le réalisateur a les larmes aux yeux et sa voix se brise « Ce sont eux, et le public, et vous! Le cinéma c’est ma religion et la France est mon Vatican ! ». La salle le couvre d’une salve d’applaudissements supplémentaires. « Je ne sais pas où je serais aujourd’hui si le père et la mère des frères Lumière ne s’étaient pas rencontrés ! Je serais certainement en train de vendre des « Royal with cheese » au MacDonald’s ! », rappelant la scène mythique de Pulp Fiction où John Travolta raconte à Samuel Lee Jackson les dénominations des sandwichs en France. « Le cinéma m’a donné quelque chose à faire, je suis tellement bouleversé. Je veux accepter ce prix pour tous les cinéphiles qui considèrent le cinéma comme plus important que leur vie. Les gens qui ne trouveront pas la reconnaissance, ils sont quand même mes frères. Je prends ce prix comme un encouragement pour faire mieux ! ».

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

La salle se lève à nouveau et les propos de Gerard Collomb et d’Aurélie Filippetti viennent conclure cette soirée pleine d’émotions et de joie. « Lyon vous remercie » déclare le Maire, « Merci pour la ville, merci pour le cinéma. » Aurélie Filippetti, quant à elle, rappelle que « les cinémas américains et français sont frères et soeurs ».

Il ne manquait qu’une seule chose pour que la soirée soit parfaite. Quentin Tarantino, magistral, reprend le micro avant de déclarer devant un public jubilant, « J’allais oublier… Et vive le cinéma !! »

Maude Jonvaux

American director Quentin Tarantino received "Prix Lumière" awa

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