Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Quentin Tarantino : « L’enthousiasme de Lyon m’a submergé »

Aujourd’hui à midi, au 27e étage de la Tour Oxygène, a eu lieu la conférence de presse de Quentin Tarantino suite à la remise du Prix Lumière. En présence de Bertrand Tavernier, Thierry Frémaux, Gérard Collomb et une petite poignée de journalistes, le réalisateur américain mis à l’honneur s’est longuement exprimé. Première partie de cette rencontre inédite – Pulp My Festival y était.

Crédits photo : Fabrice Catérini - Inediz

Crédits photo : Fabrice Catérini – Inediz

Vous êtes à Lyon, dans le véritable berceau du cinéma. Sentez-vous la nécessité d’y laisser une forme d’héritage?

Mes films sont mon héritage. Ils sont comme des enfants qui perpétuent le nom de la famille. Je ressens une certaine responsabilité quant à ma filmographie : je n’ai jamais fait de film dans une démarche qui ne soit pas à 100% sincère. La vie est longue, la vie est dure, les gens font ce qu’ils peuvent. Il faut payer les frais d’université des enfants, payer la troisième maison, payer toutes ses ex-femmes folles furieuses. Moi, ces raisons m’ont été épargnées! (rires) Alors si un jour vous me voyez faire un film sans sincérité, vous avez le droit de me traiter de traînée! (rires)

Plus sérieusement, je suis tellement chanceux d’avoir la position que j’ai dans l’histoire du cinéma. Ne pas la traiter avec sincérité serait une erreur.

En recevant le Prix Lumière et la Palme d’Or, vous êtes rentré au panthéon du 7e art. Vous avez exprimé votre gratitude hier soir, mais ne ressentez-vous pas aussi une certaine angoisse?

Je n’ai pas d’angoisse du tout. C’est un énorme encouragement. J’ai toujours déploré le fait que les gens doivent être vieux et décrépits pour être récompensés. Ca aurait été bien qu’ils puissent en profiter dans leur jeunesse, non? Moi, j’ai cinquante ans, et je suis très content d’être le premier Prix Lumière à aller faire la fête et danser jusqu’à 04h du matin. Ce qui n’était pas trop le cas de Milos Foreman! (rires)

On a beaucoup dit que l’avènement du numérique signifie la mort du cinéma. Mais ne pensez-vous pas qu’il permette aussi la survie d’un patrimoine, nous faisant découvrir des films qu’on ne pourrait voir autrement?

Non [fermement]. Je peux regarder Bande à part chez moi en DVD si je veux, alors j’ai pas besoin de le voir dans un cinéma bondé. Pour moi, la projection numérique, ce n’est que de la télévision en public. Si vous aimez, tant mieux…

Je me sens un peu comme Omega man, qui doit empêcher tout le monde de se transformer en zombies! (rires) Je suis tout seul! (rires)

Hier soir, la remise du prix était assez spectaculaire. Qu’est ce que ce Prix Lumière 2013 va changer pour vous?

Ce prix Lumière est un véritable honneur, et j’ai passé une soirée merveilleuse. Je suis désormais inscrit dans une formidable lignée de Prix Lumière passés et à venir. Ce prix va avoir une influence décisive dans ma vie de tous les jours : quand j’écris à ma table de travail, je n’ai qu’à tourner la tête et le regarder. Comme ça, quand j’ai du mal à écrire, ça me donne un petit boost. Et tout auteur a besoin d’un boost. Alors merci à vous! (rires)

Et puis, à part ça, qu’est ce que vous voulez que je fasse avec? Que je le mette sur une chaine autour du cou? Ce serait bien trop lourd! (rires) Et ma Palme d’or dans la poche? (rires)

Vous avez déclaré « Le cinéma est ma religion, et la France mon Vatican! » Etes-vous heureux d’avoir été le Pape, voir le dieu des cinéphiles lyonnais? « 

Je ne suis certainement pas le Pape du cinéma… mais je suis un prêtre bien placé! (rires)

Quel sera votre prochain film?

Le gros problème de ma carrière, c’est ma grande gueule (rires). Je parle de certaines choses beaucoup trop tôt. Alors je ne dirais rien aujourd’hui – sauf que c’est en train de se tramer.

Que pensez-vous des festivals de cinéma de notre époque?

Je suis un peu découragé. Ils ne projettent plus rien en 35mm, tout est numérique. Mais ce sont les festivals de cinéma qui m’ont lancé : quand j’ai fait Reservoir Dogs en 1992, j’ai fait le tour du monde pour le présenter durant plein de festivals. Et le fait d’avoir été invité à le présenter hors compétition à Cannes, c’est ce qui m’a lancé.

Je reviens du festival de cinéma de Corée, et j’y ai vu un film d’un réalisateur israélien, Big bad wolf. Ca m’a retourné la tête. C’est le meilleur film que j’ai vu de l’année. Et c’était super de le voir pour son premier festival et son premier film, comme moi il y a vingt ans. Il y aura des embûches le long de son chemin – c’est à lui de les contourner.

Cette année, l’engouement du public a été considérable. Comment l’avez-vous vécu?

La relation avec le public français a toujours été des plus fortes. Surtout pour Boulevard de la mort [Deathproof, en VO], qui a été boudé aux Etats-Unis mais très bien reçu ici. C’est tellement drôle de prononcer le nom français : [prend une voix menaçante] Boulevard de la mort…

Et je n’étais pas préparé pour tant d’enthousiasme de la part de la ville de Lyon. Ca a été incroyablement gratifiant, mais ça m’a un peu submergé. Je suis un peu plus timide aujourd’hui que le jour où je suis arrivé! (rires) C’est tellement bien de voir tant de jeunes qui réagissent à mes oeuvres. Cela me montre que j’arrive à toucher les nouvelles générations, toute en gardant les fans de première heure. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais c’est assez bien joué sur une carrière de vingt ans. J’en suis vraiment très heureux.

Je suis arrivé à un âge où des jeunes viennent me voir pour me dire qu’ils ont grandi avec mes films. Le degré d’enthousiasme des spectateurs de Lyon a vraiment mis un visage sur le phénomène.

Propos rapportés par Fleur Burlet

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Cette entrée a été publiée le octobre 19, 2013 par dans My Festival, Personnalités, et est taguée , , , , , , .
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