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Une semaine avec Bergman # 4 – Jeux d’été

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L’affiche du film

Après la demi-déception causée par La Source, c’est avec quelques appréhensions que je me suis à nouveau plongé dans un film du cher Ingmar Bergman. Nouvelle tentative hier soir donc, avec Jeux d’été, film qu’il a réalisé en 1951. Malheureusement, là encore, je n’ai pas été totalement conquis. Mais, pour autant, le film m’a intéressé sur plusieurs aspects que je vais tâcher de décrire.

« Le Temps de l’amour » de Françoise Hardy, voilà une chanson qui collerait bien au film. Car oui, il s’agit bien d’une histoire de mélancolie, d’amour d’été qui, avec l’automne naissant, balaie les rêves éphémères.

Alors bien sûr, c’est fait « à la Bergman ». Il ne faut pas s’attendre à quelque chose de « facile », qui, dès les premières images apporterait toutes les réponses à vos questions. Non, il faut s’armer de patience et se plonger dans le film.

Pourtant, le rythme et la construction du récit sont assez simples. Le système de flash-back est suffisamment basique pour ne pas s’y perdre. Seulement, parfois j’ai l’impression qu’il réussit à faire « compliqué » pour transmettre des émotions « simples ». Je ne saurais pas l’expliquer, mais c’est un peu le sentiment que m’a suscité le film (et cela était aussi valable, quelque part, pour La Source).

Le pitch :

Mais je devrais peut-être commencer par le synopsis du film. Le personnage principal, Marie (interprété par Maj-Britt Nilsson) est danseuse à l’Opéra de Stockholm. Après une séance d’entraînement interrompue, elle reçoit un étrange paquet : il s’agit en réalité du journal intime de son amour d’été, Henrik, connu une dizaine d’année auparavant.

Elle s’abandonne alors à ses souvenirs perdus et malheureux (d’où les flash-back). Malheureux, parce qu’il ne s’agit pas d’un simple chagrin d’amour d’été et d’un « summer blues ». Plus que de la mélancolie, c’est une tristesse bien plus profonde qui empoigne Marie. Bergman n’est pas comme les autres ; il aurait pu faire en sorte qu’Henrik quitte brutalement Marie ; il a préféré le faire mourir. Oui, à la fin de l’été c’est bien une mort physique qui séparent nos deux personnages.

Dès lors, Marie cesse véritablement de vivre et s’enferme dans ses peines sans réussir à en sortir et cela, malgré l’amour que lui porte David, jeune journaliste qui fréquente Marie depuis un certain temps.

Ce n’est seulement qu’à la fin du film que Marie arrive à faire son deuil. Elle est aidée par l’intervention d’un de ses « collègues » artiste, qui lui fait prendre conscience que la vie continue et qu’elle doit cesser de vivre dans le regret pour profiter des moments présents.

Marie s’en trouve bouleversée, mais semble, enfin, tourner la page et accepter l’amour de David.

Des thèmes très « bergmaniens » :

Les thèmes chers à Bergman sont, là encore, au rendez-vous. Je pense ici à Dieu et aux sempiternelles interrogations et autres questions plus « existentielles » du cinéaste suédois (ici : est-il possible de vivre après la perte d’un être cher  ou doit-on se renfermer sur soi pour mieux se protéger ?). Ces thèmes sont abordés à travers Marie qui n’a pas su gérer son chagrin, faire son deuil et qui, concernant Dieu, semble (après la mort d’Henrik) lui vouer une haine : « Je ne crois pas que Dieu existe, et s’il existe, je le haïrai toujours… S’il était devant moi, je lui cracherai au visage ».

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Henrik et sa tendre Marie, lors de leurs  »jeux d’été »

Des points positifs…

Ces remarques faites, il me faut, à présent, aborder les aspects positifs du film.

J’ai tout de suite été saisi par le générique d’ouverture. Ça peut paraître bête, mais je l’ai trouvé très beau, suintant de mélancolie, et les paysages d’été qu’il montre étaient de véritables cartes postales.

D’ailleurs, encore un fois, Bergman se montre habile à la photographie. Les différents plans du film sont très beaux, les cadres sont précis, les images esthétiques.

Au niveau de la mise en scène, rien à redire. C’est là qu’on voit que Bergman est un grand cinéaste. Même pour un film dont le scénario ne m’intéresse que partiellement, il arrive malgré tout, de par sa mise en scène, à rendre cela remarquable. Deux scènes en particulier ont retenu mon attention, les deux à la fin du film. D’abord quand le « clown » vient parler à Marie dans les loges de l’opéra : à l’écran les deux visages sont représentés car on voit le visage du clown plus ou moins filmé de face, et celui de Marie qui est en réalité son reflet dans le miroir (elle est en face du clown, mais tourne légèrement la tête en direction de son miroir), ce qui nous permet d’avoir à l’écran les deux visages d’une manière assez travaillée. L’autre scène est un gros plan sur les pieds de David et les ballerine de Marie, cette dernière est obligée de se mettre sur la pointe des pieds pour l’embrasser : plus original qu’un simple plan de baiser, ce baiser-là a, du coup, davantage de force, sans compter l’aspect purement esthétique de la scène (les ballerines, les ombres, etc).

Enfin, j’aime beaucoup l’idée, pour symboliser l’habituel échec de ces amours d’été, qu’ici, Henrik meurt pour incarner la fin de leur amour et des espoirs estivaux.

 … mais aussi des négatifs :

Mais le film m’énerve par d’autres aspects.

Le choix des acteurs me laisse un peu perplexe, notamment pour le rôle d’Henrik. Alors que le personnage est censé avoir 18, 20 ans tout au plus, l’acteur, lui, fait clairement plus âgé. Cela peut paraître anodin, mais ça m’a suffisamment marqué pour me faire sortir du film à plusieurs reprises.

Le personnage de Marie, dans sa phase « heureuse et pleine de vie » (quand elle vivait le grand amour avec Henrik) est parfois un peu… pénible. Pénible, parce que dur à suivre, je dirais même « perchée ». Certaines de ses répliques sont… étranges. Cela donne un côté poétique au film (ce qui se marie très bien avec l’ambiance mélancolique), mais, malgré tout, restait parfois un peu maladroit (exemple elle rit aux éclats et d’un coup, parce qu’elle a entendu le cri d’un hibou, prend peur et semble sur le point de pleurer…).

Du bon et du moins bon, tout simplement. Jeux d’été fut assez agréable à regarder mais ne pas emballé non plus. Dommage car je pense qu’avec un tel terreau (les chagrins d’été, la mélancolie), Bergman aurait pu nous livrer là un film encore plus « puissant » et davantage captivant.

Victor Vaissade

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Cette entrée a été publiée le octobre 18, 2013 par dans My Festival, Unchained.
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