Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Un cave au sous-sol

Cette après-midi, on projetait au Comoedia en présence notamment de Clotilde Courau, Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil, l’un de ses huit films programmés cette année. Restauré récemment, c’est le dernier d’une série de commandes par la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) au réalisateur français, après Le Président (1960) et Un singe en Hiver (1962).

A l’affiche, on retrouve Jean Gabin, jouant déjà dans les deux précédents films, et un jeune homme de vingt-huit ans. Trois ans après Plein Soleil de René Clément, Alain Delon tourne là dans son quinzième long-métrage. Verneuil derrière la caméra, Gabin et Delon sur le plateau et Audiard aux dialogues, ça a de la gueule. melodie-en-sous-sol-63-05-g

Monsieur Charles (Gabin) vient de passer cinq ans en prison. Pour autant, une fois rentré dans son pavillon de Sarcelles où l’attend sa femme Ginette, il lui confie ne pas vouloir se ranger avant un dernier coup d’éclat. Depuis un an, il prépare le braquage du Casino de Cannes. Tout est prévu, le casse se fera lors d’une soirée de gala. A un milliard de francs, c’est pour lui un moyen de s’assurer une bonne retraite. L’avenir, il le voit à Canberra « bourré de pognon et inconnu, c’est-à-dire honorable». Son vieux comparse Mario se retirant du projet, Monsieur Charles se tourne alors vers un « demi-sel » rencontré durant son séjour au placard. Il l’envoie reconnaître les lieux en lui demandant de ne pas « s’extasier devant la mer puisqu’elle a toujours été là ».

Adapté de la série noire The Big Grab de John Trinian, Mélodie en sous-sol est sans doute l’un des meilleurs polars français. Il n’y a pas d’action au sens auquel on l’entend aujourd’hui : pas de cascades à tout-va et pas de mitraillage des têtes qui dépassent ou qui ne reviennent pas. Ce qui fait l’essence même du film, c’est la tension qui entoure l’entreprise de Gabin et de Delon. Deux styles, deux portraits de voyous nés à des époques différentes. Gabin tient magnifiquement le rôle du taulier, celui qui organise, planifie et chapote l’opération. Froid et méticuleux, il est la tête tandis que Delon est les bras. Le « demi-sel » use de son charme et de son regard sur le terrain. Elégant, il n’en est pas moins provocateur, toujours prêt à mordre. Entre un ancien, qui s’étonne de voir pousser des barres d’immeubles à Sarcelles quand il sort de prison, et un tendre qui passe ses journées chez le disquaire ou sur le juke-box de son bistrot, il y a un monde. En résulte alors des dialogues savoureux, plus agressifs que drôles qui servent le climat du film : « Quand tu m’as dit que tu étais un tocard, j’t’ai pas cru, mais j’crois bien qu’c’est toi qui as raison. Faut jamais contrarier les vocations, la tienne c’est d’piquer les bicyclettes et d’baluchonner les chambres de bonne ». La tension est également présente dans la musique, Michel Magne l’amplifiant par des compositions jazzy et innovantes.

Verneuil a le talent de réaliser à partir d’un sujet banal, un véritable bijou de suspens à la française. Bien loin des grosses productions américaines d’aujourd’hui, tout est simple mais efficace, au service d’une tension palpable tout au long du film. Elle est à son paroxysme lors de la longue scène finale. Le lendemain du casse, Monsieur Charles est furieux en découvrant Francis en Une du quotidien local. Il a malencontreusement été pris en photo lors du gala. Craignant qu’il soit reconnu et attrapé par la police, Monsieur Charles demande à son acolyte de lui rapporter le butin qu’il a caché dans le vestiaire de la piscine mitoyenne au Casino. Rendez-vous est pris au bar de celle-ci, mais coincé au milieu des enquêteurs,  Francis commet un impair.

Si vous souhaitez connaître la suite, deux séances sont encore programmées. L’une au Pathé Bellecour demain, à 16h15 et l’autre dimanche au Pathé Vaise à 14h30.

Guillaume Pivert

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Cette entrée a été publiée le octobre 18, 2013 par dans My Festival, Séances, et est taguée , , , , .
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