Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

True Romance, de Tony Scott.

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Clarence (Christian Slater) et Alabama (Patricia Arquette) à Los Angeles

Tony Scott, l’homme à la casquette rouge. A l’évocation de son nom, impossible de ne pas repenser à Tom Cruise, avec ses Ray-Ban « Aviator » vissées sur les yeux, et sa combinaison de pilote un peu trop près du corps. Cependant, l’œuvre de Tony Scott, ne se résume pas qu’à Top Gun. Le talent du réalisateur, qui a  aussi dirigé Spy game, jeu d’espions, Ennemi d’Etat ou Man on fire (de biens meilleurs films), s’illustre principalement dans True Romance, dont le scénario a été écrit par Quentin Tarantino, himself.

Si l’histoire n’a rien d’exceptionnelle – Un jeune couple, Clarence et Alabama, se retrouve en possession d’une valise pleine de cocaïne qu’ils essaient de revendre à un producteur américain, tout en évitant de se faire descendre par la police et la mafia sicilienne, à qui appartient ladite valise – c’est la réalisation qui fait toute la différence.

Tarantino, interrogé sur le film, dira d’ailleurs « Il y a deux réalisateurs qui ont adapté mon travail : Oliver Stone et Tony Scott. Le premier a fait une grosse bouse (Tueurs Nés), et le second a fait un travail de génie avec True romance ».

Sans aller jusqu’à reprendre le terme de « génie », le produit final n’en reste pas moins très maîtrisé. La réussite tient bien sûr au choix des acteurs : le film repose sur l’alchimie qui se dégage du couple Patricia Arquette/Christian Slater. Mais les seconds rôles n’en sont pas moins importants, et outre Brad Pitt dont la principale occupation et de tirer sur son bang, il faut relever la présence de deux monstres sacrés, Christopher Walken et Dennis Hooper, qui nous donneront l’occasion d’assister à une scène, peut-être la plus soignée du film, d’anthologie. Le premier, comme toujours effrayant, prend les traits de Vincenzo Coccotti, un gangster italien à qui il vaut mieux ne pas avoir à faire. Le second est Clifford Worley, père de Clarence. Coccotti cherche à savoir où ce dernier s’est rendu, pour récupérer sa cocaïne, et Worley père refuse de lui répondre. Conscient qu’il va mourir, dans un ultime geste de provocation (et de folie), il explique à son bourreau que « les siciliens ont été enfantés par des nègres. Je l’ai lu dans un livre ». C’est la phrase de trop qui conduit le mafieux à exécuter Clifford, en lâchant un « ça faisait depuis 1984 que je n’avais pas buté un homme ». L’avenir de Clarence et d’Alabama semble donc s’assombrir…

A sa sortie en salles, la violence du film a été vivement critiquée, mais celle-ci se  contente de servir le scénario : ni gratuite, ni amplifiée, elle révèle la densité des personnages. Ainsi qui aurait pu penser que la très coquette Alabama (Patricia Arquette en blonde peroxydée aux petits hauts affriolants), après s’être fait salement amocher par un sicilien, arriverait, à l’aide d’un tire-bouchon (!), à se débarrasser de son assaillant ? La belle blonde s’en tirera in extremis, grâce à sa détermination.

Le film possède également cette dimension comique propre à l’écriture de Tarantino et dont le point culminant se trouve dans la scène d’assaut finale. Il y a d’un côté le producteur Lee Donowitz, caricature des gens du milieu, ses sbires, et les revendeurs improvisés, Clarence et Alabama, accompagnés de leur ami Dick. De l’autre côté, l’équipe de policiers qui a mis sur écoute Elliot Blitzer (l’assistant de Lee, qui fait le lien pour la transaction), puis les mafieux qui débarquent comme des fleurs. Tout ce beau monde se retrouve dans une chambre spacieuse et richement décorée de l’Hotel Ambassador. La tension est palpable, et lorsque le premier coup part, les autres fusent. Les coussins, troués de toute part, laissent échapper leurs plumes emplissant la pièce d’une douceur qui contraste avec la fusillade. Au milieu du massacre, Alabama hurle : son mari vient de s’écrouler.

Si le film oppose la tristesse de cette cité ouvrière qu’est Détroit et la flamboyante et étouffante Los Angeles, il met aussi en évidence une histoire d’amour peu conventionnelle construite dans la lutte pour la survie, qui à chaque étape renforce un peu plus un couple prêt à tout pour rester ensemble.

Un très bon film en somme, magnifié par le morceau Gassenhauer de Carl Orff (revisité par Hans Zimmer) qui revient en boucle et qui achève de nous laisser espérer un avenir différent pour Clarence et Alabama, qui vivent, il va sans dire, une True romance.

 

Laureen Laboret

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Cette entrée a été publiée le octobre 18, 2013 par dans PULP, Unchained.
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