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Hal Ashby épisode 2 – Dans l’enfer du Vietnam

Vendredi, au Pathé Bellecour, personne n’est sorti indemne de la séance. Le Retour d’Hal Ashby a entraîné le spectateur dans les tourments des soldats de retour au pays. Un film bouleversant qui met en scène une réalité brute et dérangeante, sans fioritures ni pleurnicheries.

Un critique de cinéma introduit la séance et évoque le parcours d’Hal Ashby, grande mouvance du cinéma des années 70. « Il a commencé comme monteur puis est passé à la réalisation en faisant des films toujours un petit peu à la marge, décalés par rapport au cinéma ambiant de réflexion. Il va être mis de côté, et ses films n’auront pas le succès qu’ils méritent. » Le Retour sort en 1978, Jane Fonda obtient l’Oscar de la meilleures actrice et Jon Voight celui du meilleur acteur. Pourtant, comme le rappelle le critique, le film ne connaît pas un immense succès car à cette époque beaucoup de films traitaient de la guerre du Vietnam comme Voyage au bout de l’enfer. Hal Ashby l’a fait mais en prenant le contre-pied : en parlant du retour.

L’histoire ? 1968, Bob Hyde, capitaine dans l’armée américaine, se porte volontaire pour la guerre du Viêtnam. Sa femme, Sally, se retrouve seule, contrainte de quitter la caserne militaire pour s’installer au bord de la mer. Elle décide d’occuper ses journées en devenant bénévole à l’hôpital des vétérans. C’est là qu’elle rencontre Luke Martin, un de ses anciens camarades de lycée, revenu de la guerre tétraplégique. Sally l’aide à reprendre goût à la vie et peu à peu ils tombent amoureux… mais Bob revient du Vietnam…

Le traumatisme de guerre et la problématique du retour

Le film aborde différents thèmes avec justesse. Le traumatisme de guerre d’abord avec ces soldats amputés, brisés physiquement mais aussi moralement. Ce traumatisme devient le fil conducteur de réflexions plus générales sur le sens de la guerre, l’engagement des soldats parfois perçu comme un devoir et la question du retour : quand un soldat n’est plus apte à combattre, il n’est plus d’aucune utilité à l’armée, que devient sa vie ? Lorsqu’ils ont vu des horreurs, tués des hommes comment retourner à leur vie de famille tranquille dans un pays qui n’est plus vraiment le leur ?

La place de la femme dans les années 70 est aussi effleurée à travers le personnage de Sally qui se retrouve seule du jour au lendemain sans avoir de nouvelles de son mari, et sans pouvoir occuper son temps à travailler car ce dernier le lui a interdit. Elle s’engage donc auprès des vétérans comme si déjà elle se préparait au retour de Bob. Il est aussi question de l’amour, celui que Sally voue à Luke, amour passionnel qui lui donnera son premier orgasme alors même que Luke est paralysé. Mais aussi l’amour « devoir », celui qu’elle voue à son mari : (Attention Spoiler) quand il revient de la guerre, pour elle, la question ne se pose même pas, elle retourne avec lui. Lorsque Bob apprend la liaison de Luke avec sa femme, il devient fou mais Luke parvient à le raisonner dans une scène touchante où la haine laisse place à la fraternité entre anciens soldats.

Ils voulaient être des héros

Les personnages emblématiques permettent d’incarner différentes facettes du traumatisme. Luke, s’est engagé parce qu’il voulait être un héro, il rentre handicapé. Mais il ne se plaint pas, comme s’il méritait son sort. En revanche, il cherche à alerter la population et les jeunes sur l’atrocité de la guerre. Bob, n’en est pas encore à ce stade, lorsqu’il part, il est fier de servir son pays, pour lui c’est un devoir. Quand Sally le retrouve lors d’une de ses permissions Bob a changé, il ne pense plus qu’à la guerre. Il rentre finalement après s’être tiré une balle dans le pied, par accident dit-il, mais ne parvient pas à réintégrer la société. Sally enfin représente ceux qui restent, dans l’attente, et qui ne savent pas comment aider ces soldats traumatisés que personne ne peut comprendre à moins d’avoir vu ce qu’ils ont vu. Pour finir, il y le frère de Vi, une amie de Sally. Devenu fou à cause de la guerre il finira par se suicider.

Dans ce film, aucune scène de guerre n’est visible, mais la violence est là, à travers les membres déchiquetés, les soldats en fauteuil, leur regard perdu et hagard, les pleurs parfois de ces hommes qui voulaient, qui pensaient être des héros.

Prochaine séance dimanche, 17h, à l’Institut Lumière.

Marion Riegert

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Cette entrée a été publiée le octobre 18, 2013 par dans My Festival, Séances, et est taguée , , , .
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