Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Hal Ashby épisode 1- Au pays des hippies

Dans la programmation du festival, le réalisateur Hal Ashby est présenté comme « l’oublié des années soixante-dix ». Oublié, il l’a été « à cause de son look, ses cheveux  longs et sa drogue », explique Delphine Gleize. La réalisatrice grande habituée de Cannes, présentait Harold et Maude avec passion mercredi soir au Comoedia.

« C’était compliqué de faire des films avec Hal Ashby parce que quand il partait en repérage il avait toujours beaucoup de drogue sur lui et il se faisait souvent arrêter, mais grâce à cela il nous livre des œuvres époustouflantes ! ». Delphine Gleize est touchée mais peut-être aussi influencée par le réalisateur américain et son film.

Harold et Maude forment un des couples les plus célèbres et surprenants du cinéma. Dans son œuvre, Ashby met en scène un amour peu commun entre un adolescent…et une vieille dame. Le plus étonnant n’est pas cet amour qui met mal à l’aise le spectateur attendant (longuement) la mise en scène de cette idylle avec impatience et appréhension. La vitalité qui anime la vieille dame et l’obsession de la mort et du suicide chez Harold, voilà ce qui coupe le souffle au spectateur.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Delphine Gleize passionnée par Harold et Maude

A la vie à la mort

Le thème de la mort est évidemment central mais Ashby, le génie visionnaire, a une façon toute à lui de le traiter, d’une manière absurde, jamais vue, jamais imaginée. La mort c’est l’âge de la vielle dame décidée à ne pas souffler une bougie de plus après ses quatre-vingt ans, la mort c’est l’obsession d’Harold mettant en scène –de façon très réaliste- de faux suicides qui exaspèrent sa mère et son entourage. La mort est l’objet de leur rencontre et de leur passion commune pour les enterrements. (Alerte spoiler) La mort est aussi dans les détails : le numéro gravé dans la peau de Maude qu’on ne découvre qu’à la fin du film laisse deviner son passé tragique et toute l’histoire semble s’éclairer. La vielle dame devient messagère ; elle donne le goût de la vie à Harold mais elle incarne aussi la vision politique du réalisateur libertaire dont les films retracent le mouvement hippie des années soixante-dix aux Etats-Unis.

Génération hippie

La chanson récurrente de Cat Stevens, « If You Want To Sing Out, Sing Out », en témoigne : « Si tu veux chanter chante, si tu veux être libre soit libre, parce que tu peux être un million de choses, tu le sais ». Maude incarne ce refus de l’Etat et de sa coercition, elle fustige les prisons, vole des voitures et rit au nez des policiers, elle incite le jeune Harold à n’écouter personne d’autre que lui. Cet état d’esprit Hal Ashby le fait passer à travers ses films.

Shampoo

La rétrospective du festival en son honneur présentait également Shampoo, en version restaurée par les studios Columbia. Grover Crisp, très connu pour son travail de restauration au sein de la Columbia, était présent pour l’expliquer. « Le film a beaucoup souffert et l’original n’existe plus […] mais nous n’avons pas cherché à le modifier ou à l’améliorer, nous avons simplement voulu le rendre tel qu’il est sorti en 1975 », indique Grover Crisp. Le film est très différent d’Harold et Maude à tel point qu’on se demande jusqu’à un certain moment si Hal Ashby en est bien le réalisateur. Pourtant, après réflexion les deux œuvres font bien partie d’un même état d’esprit. Si l’intrigue de Shampoo paraît banale- un coiffeur séduisant qui a fait l’école d’esthétisme pour côtoyer et séduire les jolies filles qui se pressent au salon de coiffure- les thèmes sont profonds. Hal Ashby nous plonge dans l’air des pattes d’eph’, des robes à paillettes et des brushings au relief démesuré. Avec George, le coiffeur tombeur aux multiples conquêtes, il nous dévoile l’itinéraire d’un jeune ambitieux qui se heurte au système financier et bancaire de par son look de hippie et son esprit un peu trop « libre » ou « libéré ». Le réalisateur évoque la confrontation des générations de façon grotesque nous faisant passer d’une réunion de notables dînant et attendant les résultats des élections présidentielles à une fête psychédélique de hippies où alcool, drogue et nudité sont à l’honneur. Un personnage récurrent en arrière-plan fait son apparition ici et là comme s’il hantait Ashby : Nixon : à la télévision, en photos, le président apparaît dans plusieurs plans aussi bien dans Shampoo que dans Harold et Maude.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Thierry Frémaut et Grover Crisp présentent Shampoo

En découvrant un réalisateur « oublié », le spectateur pouvait s’attendre à un cinéma difficile d’accès ou ennuyeux, pourtant Ashby témoigne d’une époque culte avec ses yeux de libertaire dans des films prenants dont on ne sort pas indemne.

Victoria Chagas-Lopes

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le octobre 18, 2013 par dans My Festival, Séances, et est taguée , , .
%d blogueurs aiment cette page :