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Une semaine avec Bergman # 3 – La Source

C’est bon, cette fois c’est fait ! Ce matin, j’ai réellement entamé mon périple « bergmanien » de la semaine. Première tentative avec La Source, film qu’il a réalisé en 1960. Première tentative donc, mais aussi première… déception ? Oui, et non. Bref, c’est compliqué, je vous explique.

Alors déjà, pour être honnête, je n’étais pas dans des conditions « type top » pour apprécier un Bergman : ayant fait une quasi nuit-blanche et ayant bien profité de la carte de presse pour picoler gratos à La Plateforme… euh non, non ! Pour travailler bien sur !! Pro avant tout !…

En tous cas, c’est l’œil vitreux et le ventre un peu vaseux, que je me suis plongé dans La Source (sans mauvais jeux de mot).

Mais, cet aveu fait, le film me laisse disons… perplexe. C’est bête, mais je suis partagé et, finalement, je suis un peu perdu… Je vais essayé, malgré tout, de dégager quelques « pistes de lecture » afin de pouvoir vous livrer un avis plus « constructif ».

La belle Karin (jouée par Birgitta Pattersson)  prise au piège

La belle Karin (jouée par Birgitta Pattersson) prise au piège

Je vais peut-être commencer par vous raconter l’histoire, ce sera plus simple (attention, spoilers).

Une fois n’est pas coutume, ce film de Bergman se concentre, entre autres, sur la famille.

En effet, le personnage principale, Karin, est la fille de Töre, un riche paysan qui vit en compagnie de sa femme, sa fille et ses domestiques. La jeune et jolie Karin s’en va un beau matin, accompagnée d’Ingeri (sa sœur adoptive ? ou simple servante au service de la famille, je n’ai pas compris…), porter des cierges à l’église. Mais comme ils habitent loin de tout, elles doivent faire petit voyage pour arriver à destination et, sur la route, traverser une forêt. Arrive un moment où les deux sœurs se séparent. Karin se retrouve donc seule et poursuit sa route à travers les bois…

Pas de chance, l’innocente gamine tombe sur trois bergers qui, disons le tout de suite, vont la violer, la tuer et la dépouiller (d’où l’avertissement de Max von Sydow, lors de sa présentation du film).

Ironie de l’histoire, les trois monstres fuient et trouvent refuge, plus tard le soir, dans une ferme… celle des parents de Karin. Sans savoir qu’ils s’agit de la famille de celle qu’ils viennent d’assassiner, ils signent là leur arrêt de mort.

Un des frères justement, propose à la mère de Karin de lui vendre une robe dont il prétend qu’elle appartenait à sa sœur, morte (alors qu’elle provient donc, en réalité, de la défunte Karin). Mais, la pauvre mère reconnaît bien là les beaux habits qu’elle avait elle-même donné à sa fille la matin même. Elle va aussitôt prévenir le père, Töre.

Fou de rage, il décide de se venger et tue les trois frères. Suite à cela, toute la famille retourne dans la forêt pour retrouver le corps de Karin, qu’ils finissent par apercevoir, à moitié enterrée.

Suite à cette macabre découverte, le père promet à Dieu de bâtir, lui-même, de ses mains, une église, pour se racheter de sa sanglante vengeance.

Voilà, fin. (ah, et quand ils enlève le corps de l’enfant, une source se met à couler, d’où le titre…).

Ce résumé fait, la famille est donc, comme je le disais, mise en scène. Jen prends pour preuve, toute la séquence d’ouverture (longue, trop longue à mon goût) où Bergman nous présente les différents personnages (surtout celui d’Ingeri) et les liens qui existent entre eux.

Une histoire familiale donc, mais aussi, et surtout, une histoire de religion.

La religion, Dieu, omniprésents :

Pas besoin d’être très malin pour comprendre l’importance du fait religieux dans ce film. La foi, les prières et autres bénédictions, les représentations de Dieu (plans sur une représentation du Christ sur la Croix par exemple), etc. Tout cela crève l’image.

Toute l’histoire, et de facto le rythme et la construction narrative du film, sont structurés autour de la religion. Par exemple : c’est parce que Karin doit aller porter des cierges à l’église qu’elle traverse la forêt et se fait tuer.

Nos trois bergers, respirant la gentillesse

Nos trois bergers, respirant la gentillesse

D’ailleurs, j’ai noté comme un équilibre, ou plutôt une lutte entre christianisme et paganismes. Le premier, je viens de le montrer, et très présent. Le second s’incarne essentiellement via le personnage d’Ingeri. Celle-ci, à l’allure un peu démente (tiens donc), semble attirée par les anciennes croyances, propres aux contrées scandinaves. Pas étonnant alors, qu’au début du film, elle s’adresse à Odin.

Et là encore, les choix et les orientations d’Ingeri paraissent avoir un impact sur l’histoire, sur les personnages, et donc sur le film. En effet, je vous disais qu’elle s’adressait à Odin. En réalité, elle faisait appel à lui pour maudire Karin, dont elle est jalouse. Après les sinistres événements, elle est alors persuadée que sa « prière » a été exaucée et qu’elle est donc en partie responsable de la mort de sa sœur.

Autre élément allant en ce sens : je vous le disais, à un moment sur le trajet pour l’église, les deux sœurs se séparent. En fait, c’est Ingeri qui abandonne Karin, car elle préfère parler à un personnage… bizarre (qui s’avère justement être une sorte de « sorcier » païen) qui la fascine. Du coup, Karin se retrouve seule et, ensuite, se fait agresser.

Les choix des personnages, en particuliers leurs orientations religieuses, semblent donc avoir des impact concrets sur le récit. Plus qu’une présence à l’écran, le religieux aurait donc aussi, dans cette histoire, un « pouvoir » et une emprises sur le « réel ».

Et moi dans tout ça ?

Pas facile paradoxalement, pour moi, d’avoir une opinion nette et tranchée sur le film. Si tous ces éléments, que je viens de vous citer, sont intéressants, cela ne suffit pas, je trouve, à « faire un bon film ».

Je vais commencer par ce que j’ai aimé : les images. Les cadres de Bergman sont magnifiques et, surtout, la photographie du film et sa lumière (ce que l‘on comprend mieux grâce aux explications de Max von Sydow) sont vraiment incroyables. Pendant le film, j’avais souvent l’impression de contempler des tableaux !

Autre point positif : les acteurs. Ils sont globalement tous très bons, en particulier Max von Sydow, magistral, sans compter certains qui ont de véritables « gueules » (cf la photo des trois bergers).

Une approche de la famille et du religieux intéressante, du symbolisme, de bons acteurs et des images très belles, soit, mais à ça s’arrête là.

Le film est gâché par plusieurs éléments.

D’abord la construction. Il y a un problème de rythme. Le film ne fait que 89 minutes et pourtant, par moment, je me suis ennuyé et j’ai trouvé ça long. Alors certes, on va me dire : « mais c’est parce que de nos jours, on a plus l’habitude de voir des films comme ça, qui prennent leur temps, tout va toujours trop vite maintenant ! » (vous le sentez le « non, mais il n’y a plus de saison »). Oui, d’accord, je veux bien ; mais pourtant cela ne m’empêche pas, d’apprécier des films « anciens » et « longs » sans la moindre once d’action. Il y a donc une différence entre un rythme lent et un rythme tout simplement mauvais. J’ai citer la séquence d’ouverture, mais le départ des deux sœurs est également laborieux.

Autre écueil : les personnages. Il m’est arrivé de trouver leurs réactions, pas naturelles, limite incompréhensibles. Exemple : alors qu’elle n’est pas très appréciée, Ingeri n’est pourtant en aucune manière blâmée lorsqu’elle revient après la mort de Karin et qu’elle dit n’avoir rien fait alors qu’elle a assisté à la scène (oui, après son passage chez le « sorcier » elle finalement cherché sa sœur et assisté à la terrible scène). Certes, on peut la comprendre, elle a pu avoir peur. Mais c’est plus la réaction des autres personnages qui n’est pas cohérente : au début, personne ne semble vraiment l’aimer, on la met à l’écart ; et là, pourtant, personne ne lui en veut. Bizarre.

Se sont donc deux éléments que j’ai réussi à identifier et qui expliquent pourquoi je ne suis pas « rentré » dans le film. Mais, d’une manière plus générale, les motifs qui m’ont empêché de l’apprécier pleinement, restent assez obscures à mes yeux.

Je dirais assez simplement que « la sauce n’a pas pris ». Ce film ne m’a pas ou peu touché malgré l’horreur et la détresse des personnages est c’est ça, en définitive, qui explique ma perplexité.

Je n’ai ni aimé, ni détesté, ce film – dont Bergman finira par dire lui-mêle d’ailleurs qu’il est une pâle copie d’Akira Kurosawa – mais il m’a déçu (parce que j’en attendu davantage), et, par dessus tout, il m’a laissé plus ou moins indifférent.

Victor Vaissade

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Cette entrée a été publiée le octobre 17, 2013 par dans My Festival, Unchained, et est taguée , , , , , , , .
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