Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Les rêves de Miyazaki

Des chats qui parlent, une petite fille transformée en poisson rouge, un château volant, un dieu sanglier devenu démon, un épouvantail enchanté, un pilote d’hydravion italien à tête de cochon, des esprits et des sorcières malignes…

Non, ces personnages ne sortent pas d’un rêve sous acide, mais bien du bestiaire fantastique d’Hayao Miyazaki, virtuose de l’animation japonaise, qui s’apprête à rendre les armes après plus de trente ans de bons et loyaux services au royaume de la fantaisie et des chimères.

Pour en savoir plus sur sa vie, c’est par ici que ça se passe. En revanche, pour en savoir davantage sur les histoires abracadabrantesques qu’il propose, vous êtes au bon endroit.

Détendez vous, la projection va débuter. Mieux qu’une psychanalyse, Miyazaki saura aller chercher au plus profond de votre poitrine, droit dans votre petit cœur, une émotion sortie de nulle part, sortie de l’enfance, sortie de vos bonheurs et de vos peurs. Il saura vous emporter, vous subjuguer, vous emmener en voyage au pays des monstres et des créatures indiscrètes, aussi belles que terrifiantes, qui vous mettent mal à l’aise avant de vous consoler. Le mystère brumeux qui entoure les films de Miyazaki réside dans leur capacité à vous emporter dans un univers onirique, sans aucune logique dans la forme mais avec tant d’intelligence dans le fond. Pour apprécier ses œuvres, il ne faut pas se poser questions. Ou seulement les bonnes.

Le Royaume des neko

Par exemple, dans le Royaume des chats, ne soyez pas perplexes si la jeune Haru ne semble pas spécialement désappointée lorsque le chat qu’elle vient de sauver des roues d’un camion la remercie, debout sur ses pattes arrières, se léchant celles de devant avec délicatesse. C’est normal, vous êtes dans un film de Miyazaki. Après tout, la plupart de ses œuvres se déroulent au Japon, pays peuplé de neko (comprenez chat en japonais) qui parlent et côtoient les esprits. Représentés sous la forme de petites statuettes à moustache, ces chats à la dimension quasi religieuse sont censés vous porter bonheur. Parce qu’on est au Japon.

De plus, le chat qu’elle vient de sauver n’est pas un vulgaire chat de gouttière, c’est Loon, le prince du Royaume des Chats. Donc pour la remercier, le roi velu invite la jeune fille dans son royaume pour épouser son fils. Pour épouser un chat en fait. Oui c’est bizarre, vous avez le droit de le dire. C’est bizarre MAIS…Miyazaki a le droit. Parce que, grand maître de l’animation japonaise qu’il est, il sait aborder, dans ses songes délirants aux couleurs enchanteresses, des thèmes parfois douloureux comme les liens familiaux et leurs forces, les blessures et les angoisses de l’enfance, le passage à l’âge adulte, les sentiments, la peur de la mort et de la maladie. Et si à la fin du film, Haru est tombée amoureuse d’un autre chat, ce n’est pas grave. Ce n’est pas bizarre non plus, car Miyazaki transforme chaque situation en une poésie aussi gracieuse que captivante.

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Mon voisin Totoro et le chat-bus

Entre épopée foisonnante et conte philosophique, les fables surréalistes de Miyazaki surprennent et interpellent tous les âges. Si ces personnages principaux sont souvent des enfants, c’est pour mieux vous entraîner, vous les adultes, dans ces chroniques fantasmagoriques. Dans Mon voisin Totoro, les deux petites filles, Satsuki, onze ans, et Mei, quatre ans, emménagent avec leur papa dans une maison à la campagne. A peine entrées dans leur nouveau chez-elles, les esprits qui peuplaient la maison s’enfuient. Même pas peur. Elles en informent la figure paternelle qui leur explique que ce ne sont que des « petites boules de suie enchantées ». Rien de plus normal parce qu’on est au…. Japon ! Allez, ne soyez pas si terre à terre, vous allez passer à côté de quelque chose. Dans la scène suivante, les deux gamines découvrent des glands disséminés sur le sol. La plus petite suit leurs traces jusqu’à monter dans un arbre de la taille d’un building. Elle y découvre trois créatures qui se ressemblent et finit par rebondir sur le ventre de Totoro qui lui sourit, hilare.

Totoro ? Ça ne vous dit rien ? Mais si, la fameuse créature mi-chat, mi-lapin, mimolette. Bon, pas mimolette mais ça aurait pu être le cas. Les deux petites filles deviennent donc amies avec Totoro, un esprit des forêts aussi rare que fascinant. Alors un soir à l’arrêt de bus, alors qu’il pleut averse, Satsuki donne un parapluie à cette créature trop kawaï (mignon en japonais) et scelle une grande amitié. Totoro leur rend la pareille en leur affrétant un bus-chat pour aller voir leur maman à l’hôpital. Un bus-chat?! Vous avez bien lu. C’est la tête du chat d’Alice au pays des merveilles avec un sourire de dément, un corps de bus avec au moins six paires de pattes (eh oui, il faut bien que ça avance), le tout peint en jaune comme le bus magique. Au Japon on l’appelle le bakeneko, c’est à dire un chat avec des pouvoirs surnaturels.

Il en existe même plusieurs sortes. Par exemple, dans Pokémon, Mentali est un nekomata, c’est à dire un bakeneko à double queue doté de pouvoirs psychiques. Oui, c’est compliqué mais maintenant vous êtes incollables sur les chats japonais. Merci qui ?

Les films d’animation de Miyazaki demeurent dans toute leur étrangeté des fables chimériques, au bestiaire aussi fascinant qu’attachant. Dans leurs aventures insolites, les personnages de ses fresques curieuses et extraordinaires, dépeignent les questionnements humains. Entre songe et réalité, Miyazaki aura passé trente ans de sa vie à vous entraîner dans ses rêves les plus merveilleux.

Maude Jonvaux

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Cette entrée a été publiée le octobre 15, 2013 par dans My Festival, Personnalités, et est taguée , , , , , , , , , , .
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