Pulp My Festival

Le festival Lumière, avec la pulpe

Une semaine avec Bergman # 2 – Cher Ingmar

À Lyon, le 13 octobre 2013,

Cher Ingmar,

Lors de mon dernier message sur ce blog… Comment ça, tu ne sais pas ce qu’est un blog ! Comment veux-tu que je puisse convaincre les gens que tu restes, malgré tout, un cinéaste intéressant, si tu te montres aussi peu dans le coup ? Fais un effort voyons !
Bref, je disais donc que j’ai essayé de convaincre les gens d’aller te voir au cinéma. Depuis, j’ai réfléchi. Je me suis dit que je me devais quand même, avant que la rétrospective qui t’est consacrée ne commence, parler un peu de toi.
Pas facile. Tu me compliques la tâche, mon cher Ingmar. Il faut dire que tu as eu une vie bien remplie entre le théâtre, les femmes, le cinéma et… les femmes surtout. Oh, pardonne moi vieux camarade, mais ne contestes pas ! Plus d’une est passée dans tes bras ! Le charme scandinave sans doute…
Mais je digresse. Où en étais-je ? Ah oui, ta vie, ton œuvre. Mais par où commencer alors ? Par le le début, tiens. Je vais donc faire à ma manière si tu le veux bien.

Je pourrais leur dire que, né en Suède à la fin de la Première guerre mondiale, tu as eu une enfance peu heureuse. Allons Ingmar, ne fais pas cette tête, c’était il y a si longtemps ! Tu avais un frère aîné Dag et une petite sœur, Margareta, qui avait quatre ans de moins que toi. À propos de ton frère, dois-je leur dire qu’il a été l’un des fondateurs du parti national-socialiste suédois ? Oui, je sais, ce n’est pas gentil de ressortir cela. Mais comme on dit : « on ne choisit pas sa famille » n’est-ce pas ? D’ailleurs je pense que cet épisode est important pour comprendre ton cinéma : est-ce pour cela que tu n’as jamais été un auteur dit « engagé », aux messages politiques ?

Malgré tous les problèmes lors du tournage de Crise, tu as su garder le sourire

Malgré tous les problèmes lors du tournage de Crise, tu as su garder le sourire

Autre point pénible pour toi, je le sais, tes relations avec ton père. Pasteur luthérien très croyant et assez rigide, il semble t’avoir profondément marqué. Cette obsession de dépeindre les rapports familiaux dans ton œuvre, ne viendrait-elle pas de cette enfance malheureuse, durant laquelle une discipline de fer pesait sur vous ? Bon d’accord, je change de sujet, je vois bien que cela te gêne.

Je pourrais alors leur parler de toutes tes galères au début de ta carrière. Entre ton ulcère, tes problèmes financiers et puis surtout, Crise, ton premier long métrage en tant que réalisateur, tu as été gâté. Crise : une avalanche de problèmes ! Ce n’était pas facile, n’est-ce pas? Entre accident de travail, mauvaise ambiance, conditions météorologiques épouvantables, matériel endommagé et j’en passe ; tu en as bavé. Qu’importe, le film voit quand même jour en 1946 !

Tiens, parlons de choses plus sympathiques : la reconnaissance de ton brio qui arrive enfin dans les années 1950 avec, entre autres, Sourires d’une nuit d’été sorti en 1955 et, bien sûr, Le Septième Sceau qui a reçu le Prix spécial du Jury à Cannes, deux ans après. Tu t’en souviens comme si c’était hier, pas vrai ?

Je pourrais aussi leur dire que, malgré ces succès, tu as aussi connu des moments plus creux, où tu as été boudé par la critique. Mais à chaque fois, tu as su rebondir. Je citerais Persona (1966) qui, après le terrible échec de Toutes ses femmes, est sans doute l’un de tes plus grands films. Mais le long métrage qui est souvent vu comme « l’apothéose » de ta carrière, c’est bien Cris et chuchotements, sorti en 1972. Je sais que tu en es fier, et tu peux l’être.

Malheureusement, même après tous ces succès tu as, à nouveau, connu une période amère. Tu sais très bien de quoi je veux parler, Ingmar. À la fin des années 1970, tu as eu quelques ennuis avec le Fisc suédois. Oh, tu sais, tu n’es pas le seul. De toute façon, tu as fini par être innocenté. Ce n’était qu’un petit clapotis, tu vois ! Pourtant, cet épisode t’a fait du mal car, après, tu as quitté ta douce et tendre Suède pour un court exil en France, puis en Allemagne. Quelle peine tu avais alors ! Mais après neuf ans, la brouille a pris fin, et tu es rentré « à la maison ».

Alors je pourrais parler de ton dernier film, impressionnant et titanesque : pas moins de soixante comédiens et un millier de figurants! Environ trois heures! Il s’agit de Fanny et Alexandre qui a vu le jour en 1982. Après ce dernier coup de maître, tu t’es progressivement retiré du milieu du cinéma.
Enfin, je pourrais leur dire que tu as terminé ta partie d’échec, commencée 89 ans auparavant, pour, en 2007, goûter à une longue sieste bien méritée. Repose-toi mon cher Ingmar. Accompagné de Musique dans les ténèbres, je te souhaite d’aller Vers la joie éternelle.

Avec toute mon affection,

Cher Ingmar, je te laisse. De toutes façons, on se reverra pendant ce festival Lumière

Cher Ingmar, je te laisse. De toutes façons, on se reverra pendant ce festival Lumière

Victor

PS : J’aurais également pu parler de tant d’autres choses… Tes liens avec tes acteurs, comme avec Max Von Sydow (tiens, tu savais qu’il venait cette année au festival Lumière?). J’aurais dû leur dire que tu étais un grand cinéaste certes, mais aussi un metteur en scène respecté et que le théâtre fut ton autre grande passion, pour laquelle tu as également eu une carrière impressionnante. Et puis, évidement, j’aurais pu leur parler plus en détail de ton amour pour les femmes. Ah les femmes…elles étaient ta faiblesse, mais aussi une formidable source d’inspiration, ton cinéma le prouve bien assez.
Mais j’allais oublier le plus important. Pour toutes les personnes qui auront pu, à travers ces modestes lignes, être intéressées par ta vie, et surtout par ton œuvre, voici un lien qui les conduira tout droit au programme concocté par l’Institut Lumière dans le cadre de la rétrospective en ton nom :

le programme

Victor Vaissade

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le octobre 13, 2013 par dans My Festival, Personnalités, Uncategorized, et est taguée , , , , , , .
%d blogueurs aiment cette page :